Prêtes pour la marée humaine de la Place Bonaventure!

Premier Salon du livre de Montréal pour les blogueuses de longue date que nous sommes! Et nous y serons pas à peu près!!! Nous serons présentes pour deux livres : Le bal des absentes, bien sûr, et notre roman qui vient de paraître, Albertine ou La férocité des orchidées. Notre aventure au salon débute avec une table ronde, animée par Judith Lussier, autour de notre Bal des absentes et du Principe du cumshot de Lili Boisvert. Nous sommes très enthousiastes à l’idée de discuter du lien, trop peu abordé, qui existe entre les injonctions imposées aux femmes dans la sexualité et celles dans la littérature (en tant qu’écrivaine et en tant que personnage). Toutes les informations sont sur l’événement Facebook de la table ronde.

Nous serons présentes au stand 117 de La Mèche pour Le bal des absentes jeudi de 18 h à 19 h, samedi de 15 h à 16 h et dimanche de 17 h à 18 h, ainsi qu’au stand 132 de Québec Amérique pour notre roman Albertine ou La férocité des orchidées jeudi de 19 h à 20 h et samedi de 16 h à 17 h. Au plaisir de vous rencontrer et de discuter avec vous!

Julie Boulanger & Amélie Paquet

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Sur le pouvoir de l’attention

De plus en plus, je peux comme enseignante cesser de porter trop d’attention à ma personne. L’expérience m’amène à arrêter de me perdre dans l’analyse de mes moindres gestes. J’ai toujours été très consciente de ma classe, j’ai toujours regardé beaucoup mes étudiant.e.s, mais maintenant, je suis capable de m’abstraire davantage pour leur offrir une attention plus complète. Une sorte d’attention sans jugement, un accueil sincère de leur individualité, de leurs contradictions, de leur refus et de leur ouverture.

J’enseigne depuis quelques mois dans un nouveau collège. J’étais autrefois habituée à des classes bigarrées composés d’étudiant.e.s de tout âge : des jeunes d’âge cégep,  des trentenaires et des adultes plus vieux que moi. Je me retrouve pour la première fois à passer toutes mes semaines avec 98 étudiant.e.s exactement du même âge. Ils ont tous 17, 18 ou 19 ans. C’est vraiment particulier l’effet que ça produit de voir continuellement le même groupe d’âge. Je n’avais jamais éprouvé ce sentiment avant. Quand je marche dans la rue, je reconnais les jeunes gens qui sont de l’âge de mes étudiant.e.s. Je suis tellement habituée à fréquenter ces personnes, mes yeux ont appris à les détecter.

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Sanaaq de Mitiarjuk Nappaaluk

Ma mère adore raconter les mêmes histoires à l’infini. Un de ses récits familiaux que j’ai entendu mille fois concerne ma naissance. À l’hôpital où j’ai vu le jour, à Matane aux débuts des années 80, une petite fille inuite est née au même moment que moi. Pour ma mère, c’est l’histoire d’une coïncidence extraordinaire : deux petites filles voient le jour au même endroit et en même temps. Ça tient quasiment du miracle. Je ne sais pas ce qu’un bébé inuit faisait en Gaspésie cette journée-là, je ne sais pas si elle y habitait ou si sa mère n’était que de passage pour l’accouchement. À l’évidence, nous sommes peut-être nées en même temps, mais nous ne sommes pas arrivées dans le monde avec des chances égales de faire notre chemin à notre guise dans cette nouvelle vie. Descendante de colonisateurs français installés aux abords du St-Laurent depuis des siècles, je me verrais offrir, il était décidé d’entrée de jeu, davantage de possibilités de m’accomplir. Dans ce Québec qui ignore à peu près tout des nations autochtones avec qui il habite, il était plus probable que ma parole soit un jour entendue que celle de cette soeur par l’air inconnue.

Si la parole des Amérindiens et des Inuits est souvent ignorée, les opportunités pour l’entendre ne manquent pourtant pas. Pour comble d’insulte, le désintérêt des québécois francophones à l’endroit des nations autochtones est joint à une litanie de préjugés qui témoignent d’une ignorance si terrible que je n’ai pas le coeur de les énoncer.  En lisant le roman Sanaaq de l’autrice inuite Mitiarjuk Nappaaluk qui a grandi dans le village nordique de Kangiqsujuaq au Québec, près du détroit d’Hudson, je me suis demandé comment il était possible que ce livre ne fasse pas déjà partie des classiques de la littérature québécoise. Pourquoi lit-on Agaguk (1958) d’Yves Thériault et non Sanaaq ? Du temps de mes études universitaires, j’ai entendu dans un cours consacré à la littérature québécoise un professeur nous sensibiliser à la question de l’intégration des oeuvres québécoises écrites en anglais ou en yiddish dans le canon de la province. Je ne me souviens plus si nous avions aussi discuté des oeuvres en inuktitut comme Sanaaq ainsi que celles en langues algonquiennes ou iroquoiennes. Il apparait toutefois bien évident qu’une place de choix devrait leur revenir.

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En route vers la capitale nationale!

À L’Euguélionne la semaine dernière, nous avons lancé dans la plus grande joie l’essai Le bal des absentes, publié à La Mèche. Pas de repos pour les guerrières! Nous serons cette fin de semaine au Salon du livre du Québec. Sous les néons, dans la cohue, au coeur d’un univers aux antipodes d’une vie consacrée à l’écriture, venez-nous voir! Nous serons très contentes de vous rencontrer. Samedi de 16 h à 17 h et dimanche 12 h à 13 h au stand 322.

Soigner, aimer de Ouanessa Younsi

J’aime seulement les mélancoliques.

Au premier temps de notre amour, j’ai fait cette grande déclaration à Amélie, m’a-t-elle rappelé l’autre jour. Était-ce une confidence, un avertissement, une invitation? Quoi qu’il en soit, elle avait fait son effet. J’avais trouvé ma femme : une petite Amélie mélancolique, comme on avait besoin sur la terre, pour reprendre les mots de Tête blanche de Marie-Claire Blais. Désormais, je crains davantage de magnifier la mélancolie : j’aime par-dessus tout la joie et la vie. Mais mon coeur est avec les mélancoliques et les révolté·e·s, avec les personnes qui « pleurent parce que les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être » (Albert Camus, Caligula), avec ceux qui crient. Une souffrance qui demande à être accueillie m’attire vers eux. Dans la littérature comme dans la vie, c’est aux mélancoliques et aux révolté·e·s que mon existence me semble vouée.

Ouanessa Younsi place au centre de sa pratique de psychiatre un élan similaire, qu’elle décrit dans Soigner, aimer : « Les failles appellent le meilleur en moi. La plénitude me laisse inutile, frileuse. » (p. 89) Younsi est aussi poète. Avant de faire paraître son essai l’automne dernier, elle a publié les recueils Prendre langue (2011) et Emprunter aux oiseaux (2014). Plutôt que d’employer la langue froide et cérébrale à laquelle on aurait pu s’attendre de la part d’un médecin, c’est par l’entremise de la poésie que Younsi pense sa profession et la raconte.

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Lancement de l’essai Le bal des absentes

Nous nous sommes faites discrètes sur le blogue ces derniers temps. Nous n’étions pourtant pas très loin! C’est avec beaucoup de bonheur que nous nous sommes consacrées à la préparation de notre essai. Il est maintenant terminé et sortira en librairie le 21 mars. Le bal des absentes, édité par La Mèche, comprend des textes retravaillés du blogue et quelques inédits. Nous espérons que les habitué·e·s redécouvriront avec plaisir nos textes qui prennent un nouveau sens à l’intérieur du livre.

Tenez-vous-le pour dit : l’aventure livresque ne nous détournera pas du blogue! Nous écrivons sur Internet depuis le début des années 2000 et continuerons à le faire. Maintenant que l’essai est sous presse, nous recommencerons à publier régulièrement dans cet espace. Restez à l’affût!

Publier un livre, c’est aussi une manière de provoquer des rencontres. Nous vous convions à assister à notre lancement le jeudi 30 mars à la librairie l’Euguélionne à Montréal. Nous serons également au Salon du livre de Québec la semaine suivante. Au plaisir de vous y voir en grand nombre!

Artistes, l’instant d’un travail

« Amélie, je suis un écrivain. »

M. m’a lancé cette phrase le sourire au lèvres, à la fois ironique et incapable de cacher sa fierté, au tout début de notre rendez-vous. Tout porte à croire qu’il l’avait préparée pour qu’elle produise son effet. Ce fut un succès! Je ne m’attendais pas à une telle entrée en matière. Je me rappelais vaguement qu’il avait eu une bonne note pour sa dernière dissertation, mais j’oubliais à quel point. Pour lui, cette réussite était énorme. C’était la première fois qu’il parvenait à écrire un texte qui se démarquait autant.

En plus d’être mon étudiant, M. est un élève que j’accompagne au Centre d’aide en français. Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, il faisait peu de fautes, mais il avait une écriture parfois un peu simple. Comme d’autres étudiants allophones, il évite les phrases trop complexes par peur d’échouer ses évaluations. J’essaie de lui montrer comment faire des phrases un peu plus longues sans perdre la précision et la clarté qu’il possède déjà. Avec lui, je dois aussi travailler sa sensibilité poétique. Il correspond à l’image clichée qu’on se fait d’un étudiant très terre-à-terre, inscrit dans un programme technique, qui n’est pas « touché » d’emblée par les images ou les effets littéraires.

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