Folle de Nelly Arcan

Nelly Arcan terrifie. C’est du moins l’hypothèse avec laquelle je parviens à m’expliquer son absence étonnante du corpus collégial. Certes, on l’intègre à certaines anthologies de littérature québécoise, mais on la tient à distance, on ne l’enseigne pas. La consultation (un peu maniaque) du corpus de nombreux professeur.e.s de différents cégeps m’a permis de le constater. (Je ne demande d’ailleurs qu’à être détrompée ! Je rêve d’apprendre que, en vérité, on la fait lire un peu partout dans les cégeps.) Pourquoi Guillaume Vigneault et pas Nelly Arcan, par exemple ? Ne parlent-ils pas tous deux de la jeunesse ? Ne sont-ils pas tous deux des révélateurs de leur génération ? Mais Vigneault réconforte et Arcan inquiète. Cela suffit à faire pencher la balance. Le choix de l’autofiction par Arcan joue aussi un grand rôle. L’autofiction pratiquée par les hommes suscite l’admiration, celle pratiquée par les femmes, le mépris. Et, bien sûr, la parole de l’homme continue de paraître plus universelle que celle de la femme.

Il y a quelque chose chez Nelly Arcan qu’on ne veut pas entendre. Peut-être son pessimisme, qui s’exprime d’une façon magnifique et impitoyable à la fin de Folle : « Il me semble que les hommes sont ainsi, qu’ils meurent au bout de leurs ressources, qu’ils crèvent tous d’avoir voulu rencontrer leurs semblables et de n’avoir, pour finir, connu que la catastrophe. » (p. 7) Et pourtant, germe dans ce pessimisme un appel à l’autre. N’est-ce pas en parlant de la difficulté de se rencontrer qu’on finit par rendre cette rencontre possible ? Pour moi, un constat sombre comme celui-là est mille fois plus porteur d’espoir que le prétendu optimisme qu’on trouve dans quantité d’oeuvres qui nous font croire que le bonheur n’est qu’une question d’attitude face à la vie.

Indissociable du pessimisme, le suicide qui traverse son oeuvre et conclut sa vie forme une autre barrière possible entre nous et l’oeuvre. On peut être inconfortable, je suppose, de faire lire un texte qui prend la forme d’une lettre de suicide comme Folle. Peut-être est-ce un peu ce qui m’a retenue de la faire lire les deux fois où j’ai enseigné le cours de littérature québécoise. Je l’ai d’abord mis de côté en raison de de contraintes (genres abordés, longueurs des oeuvres, etc.), mais aussi parce qu’il me semblait que de mettre au programme deux textes où le suicide est si présent, c’était quand même y aller un peu fort.

Autre hypothèse au sujet de l’exclusion de l’oeuvre d’Arcan : la sexualité explicite. Nous empêchons-nous pourtant de faire lire Le Grand Cahier d’Agota Kristof, qui contient son lot de scènes sordides (zoophilie, pédophilie, ondinisme, etc.) ? Peut-être aussi que nous ne prenons pas Nelly Arcan au sérieux. Une partie des raisons de son succès médiatique (son image très marquante) est peut-être à l’origine de son rejet par les institutions. Une petite blonde plantureuse qui s’habille de façon jugée « provocante » peut-elle tenir des propos valables ? Mettons côte à côte une jeune femme pulpeuse et un jeune homme barbu, patriarche en devenir. Qui, croyez-vous, inviterons-nous entre les murs de l’institution ?

Si je consacre une grande partie de mon texte à me demander pourquoi nous ne faisons pas lire Nelly Arcan, c’est que je crois que ses oeuvres sont peu en cause dans le silence que nous lui réservons. Je me priverais pourtant d’un grand plaisir en ne parlant pas de toutes les raisons pour lesquelles nous devrions faire lire Nelly Arcan.

En plus de l’avoir proposée dans une liste de livres au choix à mes étudiant.e.s de Renforcement en français, je ne l’ai mise dans mes lectures obligatoires qu’une seule fois dans un contexte particulier : celui d’un cours de journalisme culturel. Pendant la session, les étudiant.e.s devaient rédiger deux critiques, la deuxième concernait une oeuvre au choix parmi une liste proposée, alors que la première portait sur un seul livre  : Folle de Nelly Arcan.  Étoffer un jugement critique sur une oeuvre n’est pas un exercice aisé. Cela exige un  fort esprit d’analyse et une culture que des étudiant.e.s de cégep sont à peine en train de former, en plus d’une assurance, qui est souvent indissociable de notre classe sociale. Quelque chose, pourtant, peut-être le rapport souvent intense que les étudiant.e.s manifestent vis-à-vis les oeuvres, donne une force à leur critique et justifie pleinement l’intérêt de l’exercice. Un livre comme Folle me paraissait parfaitement désigné pour solliciter un jugement critique de la part des étudiant.e.s puisque son contenu est juste assez familier pour qu’ils puissent y réfléchir et son style, suffisamment riche pour qu’ils puissent en discuter.

Folle prend la forme d’une lettre adressée par une jeune femme à un ancien amoureux, d’une lettre qui vise à faire le double deuil d’une relation et de sa propre vie, puisque, je l’évoquais plus tôt, le texte se construit comme une lettre de suicide : « À Nova rue Saint-Dominique où on s’est vus pour la première fois, on ne pouvait rien au désastre de notre rencontre. […] Ce soir-là rue Saint-Dominique, je t’ai aimé tout de suite sans réfléchir à ma fin programmée depuis le jour de mes quinze ans, sans penser que non seulement tu serais le dernier homme de ma vie, mais que tu ne serais peut-être pas là pour me voir mourir. » (p. 7) Immédiatement, on est plongé dans un univers à la fois familier aux étudiant.e.s et lointain, celui de la peine d’amour et celui de la tragédie orchestrée depuis l’adolescence. Cette tragédie n’est toutefois pas si étrangère à la jeune lectrice ou au jeune lecteur qu’on pourrait le croire. Sans être aussi répandue que le désespoir amoureux (peut-être…), l’idée de mourir traduit une difficulté d’être au monde à laquelle, il me semble, chaque jeune adulte est inévitablement confronté.e, de façon consciente ou non. Arcan parvient, en effet, à formuler certaines injonctions qui nous sont adressées, entre autres celle du bonheur obligatoire, source de tant de douleur : « Un jour d’anniversaire où j’avais dans les bras une nouvelle poupée, ma mère m’a frappée parce qu’elle en avait assez d’attendre la joie. Très tôt j’ai compris que, dans la vie, il fallait être heureux; depuis, je vis sous pression. » (p. 144-145) Ce simple passage pourrait justifier à lui seul la lecture du texte. Je ne sais pas s’il peut être compris par les étudiant.e.s, mais je suis persuadée qu’il est essentiel de confronter les étudiant.e.s à des idées qui peuvent leur sembler incompréhensibles. À tout le moins le croient-ils, puisqu’il arrive que nous revenions, plusieurs années plus tard, à d’anciennes lectures et que nous constations, à la lumière de certaines annotations, par exemple, que nous avions déjà saisi le plus important.

Il y a aussi une difficulté d’être au monde bien précise que Nelly Arcan arrive à exprimer à travers ses diverses ramifications : la difficulté d’être une femme. Pour plusieurs femmes autour de moi, certaines qui sont de grandes lectrices, d’autres moins, certaines qui aiment lire des écrivaines et d’autres qui leur sont absolument réfractaires, Folle est une oeuvre essentielle. À mon avis, cette importance s’explique par une dimension centrale de l’oeuvre. Le principal problème que Nelly Arcan met en lumière est celui-là : comment une femme peut-elle être un sujet, un sujet pensant et un sujet désirant dans un monde qui la nie comme sujet, qui la relègue constamment à l’état d’objet ? On aurait tort de supposer que parce qu’on n’est pas blonde, pas habillée à la dernière mode, pas maquillée, pas refaite ou même pas mince, ce problème ne nous concerne pas: on aura beau tout faire pour y échapper, on y sera constamment ramenée. On aurait tort, surtout, de croire que ce problème ne concerne que les femmes : il structure et ruine les rapports entre les hommes et les femmes.

En effet, il est directement lié à un autre problème auquel les jeunes gens sont souvent particulièrement sensibles : comment vivre une relation amoureuse à notre époque ? Aborder cette question pourrait aussi être l’occasion de situer le livre dans une perspective historique, de faire un parallèle, par exemple, avec la fascinante histoire des Lettres portugaises de Guilleragues, attribuées pendant si longtemps, comme on le sait, à tort à une femme (encore ici revient la question de la représentation troublante du désir féminin) : « Ne remplissez plus vos lettres de choses inutiles, et ne m’écrivez plus de me souvenir de vous. Je ne puis vous oublier, et je n’oublie pas aussi que vous m’avez fait espérer que vous viendriez passer quelque temps avec moi. » Parler des relations amoureuses à notre époque à partir de la lecture de Folle nous amène aussi à réfléchir à la pornographie, un sujet dont il importe de discuter avec les jeunes adultes. Quels impacts la pornographie produit-elle sur nos vies ? A-t-elle un effet sur la formation de notre imaginaire ? Influence-t-elle nos relations intimes ? Est-elle si présente qu’on le dit ? Ici aussi une perspective historique peut être fascinante. Il est bon de se rappeler que la « révolution sexuelle » des années 1960-1970 n’a pas tout inventé.

L’analyse de Folle donne aussi la possibilité de nous demander ce que c’est qu’être une femme artiste. Son statut d’écrivaine vedette mais peu comprise occupe une grande place dans le livre. On peut ainsi revenir sur la figure médiatique de Nelly Arcan, figure que plusieurs étudiant.e.s connaissaient et qui en fascinait un certain nombre. Le passage de Nelly Arcan à la version québécoise de Tout le monde en parle, trois ans après la publication de Folle, et le texte qu’elle a écrit à partir de cette expérience, « La honte », sont évidemment propices pour réfléchir à l’ensemble de l’oeuvre d’Arcan sous cet angle. Déjà, dans Folle, elle analyse avec beaucoup de lucidité l’attitude attendue par les médias de la part des artistes, surtout des écrivains, en évoquant sa visite à l’émission de Christiane Charrette : « tu as vu mon attitude qui était de réticence et qui aurait dû être de gratitude, de consentement et de coopération » (p. 18). Folle nous permet ainsi de réfléchir à la place de l’écrivaine au sein de notre société et à tous les rapports de pouvoir qui y sont mêlés : le pouvoir des médias sur la femme artiste, mais aussi les rapports de force entre la femme artiste et son conjoint, qui sont décrits de façon très fine dans le livre. Nelly Arcan montre bien comment la femme artiste est souvent instrumentalisée par  un partenaire qui a des ambitions artistiques : « Tu n’aimais pas mon livre, mais tu aimais mon succès, pour toi il n’y avait pas de liens entre les deux. » (p. 143), « Que tu écrives m’a longtemps empêchée d’écrire. Si tu m’avais aimée pour la vie, j’y aurais renoncé à jamais. » (p. 171)

De ces différents aspects se dégage, à mes yeux, un enseignement central : à partir de l’expérience intime, l’autofiction permet à Nelly Arcan de proposer une réflexion sur la société.  Elle ne demeure toutefois pas dans le registre réaliste auquel on pourrait s’attendre. Le mythe s’entremêle par moment à la réalité, à l’aide notamment de deux figures marquantes.  La première est celle du grand-père paternel qui « [s]eul […] avait le droit de parole dans la famille » (p. 139) et qui, un jour, lui « a dit que, dans la vie, ce que l’on redoute le plus est déjà arrivé, [qui lui] a dit beaucoup de choses de ce genre parce qu’il voulait [son] bien et que vouloir [son] bien voulait surtout dire [la] préparer au pire » (p. 133). Cela nous rappelle le personnage du père dans Putain qui « ne faisait que ça, croire en Dieu, parler de Dieu, prévoir le pire pour tous et se préparer pour le Jugement dernier » (p. 10). La figure de la tante de la narratrice qui la tire au tarot, mais ne parvient pas à la voir dans ses cartes élève aussi le malaise de la narratrice à une dimension ontologique : « Ce soir-là à Nova, je t’ai montré sans le vouloir cette tare de naissance qui a fait de moi un monstre incapable d’apparaître dans les tarots de ma tante, j’ai toujours dit que mon problème était un problème d’apparition. » (p. 154) C’est donc non seulement la place de la narratrice au sein de sa société qu’elle met en cause, mais sa place au sein du cosmos.

Après avoir passé en revue quelques-unes des raisons pour lesquelles la lecture de Folle m’apparaît s’imposer et, ce faisant, avoir esquissé quelques pistes d’analyse de l’oeuvre, j’aimerais malgré tout confier un malaise que continue de me poser le texte. L’idée à la base du livre, celui d’une femme qui décide de se suicider lorsqu’elle aura atteint trente ans m’est odieuse. Nelly Arcan montre parfaitement toutes les conditions qui rendent possible une telle idée, elle ne l’érige assurément pas en idéal, mais elle m’est insupportable parce que l’un des pires méfaits de notre époque est la glorification de la jeunesse et la dévalorisation de la vieillesse qui va de pair avec celle-ci. Même s’il est de bon ton de dire que c’est la dépression qui tue, je persiste à croire qu’on meurt aussi à cause d’idées, et que c’est notamment cette idée qui a tué Nelly Arcan et qui nous a privé de quelque chose d’extraordinaire : savoir tout ce qu’elle aurait pu écrire en devenant vieille.

Disponibilité : re-publié en format de poche aux éditions du Seuil, le livre est très facile à obtenir.

Pour poursuivre la réflexion, un autre texte des auteures de ce blogue à propos de Nelly Arcan : « Le sort du monde ».

Nelly Arcan, Folle , coll. « Points», Paris, Seuil, 2005 [2004], 205 pages.
Nelly Arcan, « La honte », Burqa de chair, Paris, Seuil, 2011, p. 91-149.
Nelly Arcan, Putain, Paris, Seuil, 2001, 187 pages.

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9 réflexions sur “Folle de Nelly Arcan

  1. Marie-Pierre Genest

    Bonjour! Juste pour vous dire que vous n’êtes pas la seule à trouver Arcan pertinente… J’enseigne au cégep de Sorel-Tracy et depuis quelques années déjà, je mets « Putain » au programme d’un cours destiné aux étudiants en Arts, lettres et communications.

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  2. Bonjour, Marie-Pierre !

    Merci beaucoup de m’en avoir fait part ! Ça fait très plaisir de l’apprendre, sans compter que Putain est une oeuvre particulièrement exigeante.

    Sur une discussion sur Facebook à propos de ce texte, un professeur d’André-Grasset disait qu’il enseigne Folle depuis 7-8 ans et un autre disait qu’il fait lire Putain régulièrement. Nous ne sommes pas seules !

    Merci encore et au plaisir,

    Julie

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  3. Bonjour,

    Je suis étudiante au doctorat et votre article m’a touchée. Nelly a marqué une période par son écriture franche, sa richesse cérébrale et son attitude d’isolation que reflète son perpétuel conflit intérieur. Nelly me fait penser à Miller qui ne voulait pas vivre dans LE moule séculaire i.e découvrir l’Amour, fonder une famille (parents hétéros), maison de banlieue sous-sol fini à l’italienne, piscine creusée dans la cour botanique etc… genre de monde utopique tant préconisé par les livres de psychologie poussiéreux représentant cet « idéal universel ».

    J’espère que Nelly Arcan sera étudiée dans les écoles par des profs comme vous et qu’elle sera enfin appréciée à sa juste valeur.

    Voici un article que j’ai écrit suite à son passage à TLM en parle : http://www.virginiefrancoeur.blogspot.ca/#!http://virginiefrancoeur.blogspot.com/2012/10/la-honte.html

    Merci!

    Virginie

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    1. Bonjour Virginie,

      Vous la décrivez très bien, je trouve ! C’est vrai que sa pensée était très riche et on l’a trop souvent réduite, à mon avis.

      Merci aussi pour le lien vers votre beau texte ! En revisionnant l’émission, j’étais partagée entre une tristesse profonde, une colère tout aussi intense et un sentiment d’incrédulité. Ce que vous écrivez est très juste, il y a une disproportion ahurissante entre les égards qu’on témoigne aux autres et le mépris qu’on lui manifeste. J’avais d’ailleurs été très troublée en entendant Guy A. Lepage et Dany Turcotte revenir sur son passage à l’émission. Ils n’arrivent toujours pas à comprendre ce qu’elle a vécu sur ce plateau. Et le pire, c’est que leur incompréhension semble sincère. Pour Dany Turcotte, c’est sa « vision » provoquée par la « maladie mentale » (je reprends ses termes) qui explique ce qui serait des erreurs d’interprétation de sa part. Ce qui est tragique, c’est que, loin de mal interpréter, elle a trop bien compris et que, puisqu’on la considère « folle », on discrédite complètement sa lucidité implacable…

      De mon côté, je ne sais pas si je parlerais de fragilité pour la qualifier. Il y avait quelque chose de très paradoxal chez elle (l’écrivaine, la penseuse, la figure), un mélange entre une force immense et une vulnérabilité, toutes deux indispensables à la pensée et à l’écriture.

      Merci beaucoup pour votre commentaire.

      Au plaisir d’échanger à nouveau avec vous,

      Julie

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  4. Mélissa Thériault

    Merci pour ce texte très juste et pertinent! Arcan sera au programme de mon cours « Philosophie & existence » à l’UQTR, en lien avec la question du nihilisme (à ce sujet, je recommande le texte de Nancy Huston, « Arcan, philosophe », disponible sur le site nellyarcan.com).

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    1. Merci beaucoup, Mélissa ! Quelle excellente (et audacieuse) idée de la mettre au programme d’un cours comme celui-là ! Je serais bien intéressée à connaître le reste du programme, d’ailleurs.

      Il faudrait que je relise le texte de Nancy Huston. Pour être honnête, il y a des aspects de la pensée de Huston auxquels je suis très réfractaire qui font que je n’ai pas pu l’entendre pleinement, j’en suis bien consciente. J’essaierai de la lire à nouveau !

      Au plaisir,

      Julie

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