Top 8 de nos découvertes cinématographiques de l’été

Avec le film de Léa Pool ce soir, nous aurons vu 57 longs métrages et 14 courts métrages du cycle Femmes, Femmes de la Cinémathèque québécoise. Une expérience cinématographique incomparable! Habitées par ce souvenir impérissable de ce bel été à ne voir que des films réalisés par des femmes sur grand écran, nous attendons impatiemment ce moment où il y aura de plus en plus d’oeuvres créées par des femmes à l’année longue et dans toutes les salles. Même si avec le retour en classe nous constatons déjà à quel point le temps pour écrire est rare, nous espérons terminer pendant les prochaines semaines quelques textes sur les films du mois d’août.

Pour le plaisir, voici notre top 8 de nos découvertes cinématographiques de l’été (il n’y a pas d’ordre) :

Wanda de Barbara Loden (États-Unis)

Suite du top 8

À la rencontre des soeurs Lumières : partie quatre

Near Dark, Kathryn Bigelow, États-Unis, 1987

Avant de tourner sa caméra vers la violence exercée par l’État, Kathryn Bigelow, dans ses premiers films, a dépeint des univers de hors-la-loi. Il n’y pas de criminel solitaire dans son oeuvre. Elle montre plutôt comment s’organisent les groupes de bandits motivés par des gains différents : le gang de motards de The Loveless (1981), les vampires nomades de Near Dark (1987), les surfeurs braqueurs de banque de Point Break (1991) et les hackers de Strange Days (1995). Ces communautés s’inventent de nouveaux modes de vie parce que le monde leur est insupportable. En se consacrant à la représentation de la guerre et des violences policières, Bigelow explore précisément ce qui rend le monde invivable.

Avec Near Dark, Bigelow renouvelle la figure du vampire en la déplaçant de classe sociale. Dans la lignée de Dracula, la créature nocturne est habituellement associée à l’aristocratie. Campée dans un décor western, la bande de vampires, menée par Jesse, s’apparente aux rednecks. Ils vivent avec peu de moyens, ils traînent dans des tavernes, sont friands d’armes à feu et de voitures, affichent le drapeau confédéré dans leur véhicule. Grâce à sa longévité surnaturelle, Jesse a d’ailleurs participé à la guerre de Sécession. Loin des châteaux en Transylvanie, anciens et perdus dans la nature, le film évoque la chaleur du métal et la pollution des tuyaux d’échappement de Mad Max.

Suite de la semaine quatre de l’aventure

À la rencontre des soeurs Lumières : partie trois

Le Chant des sirènes, Patricia Rozema, Canada, 1987

Le monde ne fait pas de cadeaux aux rêveurs. C’est encore plus vrai pour ceux qui, par leur milieu, n’ont pas appris les rouages du système. La cinéaste française Rebecca Zlotowski, dans le très riche documentaire Les réalisatrices contemporaines : l’état des choses (2016), décrit l’homogénéité du milieu cinématographique français. Elle y lance ce qui n’est qu’à moitié une boutade : « Toutes les réalisatrices dont vous me parlez, je suis allée au lycée avec elles. » (Nous citons de mémoire.) La réalisatrice de Grand Central (2013) explique ensuite que le cinéma français est principalement composé de gens d’un milieu précis : l’élite parisienne qui sait rédiger des scénarios et des notes d’intention exemplaires.

Issue d’un tout autre milieu, Polly, l’héroïne du Chant des sirènes, est aussi remplie de passions que dépourvue de ce qu’on appelle ambition. Sa distraction légendaire lui fait perdre tous ses emplois, ce qui ne la perturbe pas outre mesure. Elle vit librement, sans égard pour les conventions, et trouve ainsi une façon d’être heureuse. Elle s’est fabriqué un joli chez soi où elle habite seule avec son chat et se consacre assidûment à sa pratique photographique en croquant des images un peu partout sur sa route. Le film est traversé de scènes fantaisistes, en noir et blanc comme ses photographies, qui nous plongent dans les rêveries de Polly.

Suite de la semaine trois de l’aventure

À la rencontre des soeurs Lumières : partie deux

La femme de Jean, Yannick Bellon, France, 1974

La crise existentielle de l’homme d’âge mûr exerce une fascination manifeste chez les gens. Le sujet a été maintes fois exploité dans la fiction, produisant des oeuvres qui ont obtenu un grand succès populaire et critique. On n’a qu’à penser à American Beauty ou à la télésérie Breaking Bad. La détresse des Lester Burnham et des Walter White de ce monde apparaît non seulement d’un intérêt universel, mais tragique parce que la réalisation de l’homme hors de la cellule familiale demeure la priorité dans l’imaginaire. L’empathie à l’égard de celui-ci est souvent indissociable d’une hostilité à l’égard de celle qui, selon cette logique, nuirait à son épanouissement. La violence des commentaires sur Internet envers l’actrice Anna Gunn, qui interprète Skyler White dans la télésérie de AMC, en a été une preuve inquiétante.

La Femme de Jean commence d’ailleurs avec le topos du démon du midi. Les premières images du film de Yannick Bellon montrent le fameux Jean au bras d’une jeune femme anonyme qui est, on l’apprend peu après, sa nouvelle flamme. Portrait-type de l’homme en crise, Jean cherche à tout prix à paraître jeune et dans le coup. Lorsque son fils le visite dans son nouveau logis, il accueille celui-ci avec une sélection musicale qui, il espère, produira son effet. Tout en lui proposant un joint, le père demande à l’adolescent si sa musique « déménage ». Peine perdue! Rémi grimace.

Suite de la semaine deux de l’aventure

À la rencontre des soeurs Lumières : partie un

Cet été, la Cinémathèque québécoise présente des films de cent réalisatrices. Emballées par la proposition, nous avons décidé de devenir membres de la Cinémathèque (projet que nous caressions depuis si longtemps!), afin d’aller voir le plus de films possible du cycle « Femmes, femmes». Voilà bien un des grands avantages de passer l’été à Montréal! Dès maintenant jusqu’à la fin août, nous partagerons ici des réflexions sur les films que nous aurons vus. Restez à l’affût!  

Les Amoureux (Älskande Par), Mai Zetterling, Suède, 1964

On entend un peu partout que les petits garçons débordent d’énergie et qu’on doit tout organiser, l’école notamment, pour qu’ils puissent la dépenser au maximum. Un tel discours sous-entend que les filles n’ont pas les mêmes besoins, ce que dément constamment la réalité. Lors du visionnement des Amoureux (1964) de Mai Zetterling, nous avons été frappées par la manière dont la cinéaste porte à l’écran l’énergie des adolescentes, mais aussi celle des jeunes adultes enceintes, Adga, Adele et Angela, autour duquel est construit le film. Ces trois femmes vivent dans un monde où leur destin est scellé par des hommes qui ne leur demandent jamais leur avis. On le voit notamment dans la scène magnifiquement cruelle où Angela, enfant, cachée sous une table, écoute les hommes prendre des décisions pour son avenir. Alors que le synopsis annonce un film sur la maternité, ramenant ainsi les femmes à un rôle traditionnel, c’est pourtant leur lutte contre cet univers étouffant qui ressort. Elles ont envie de vivre! Et c’est par la sexualité qu’elles cherchent à se réconcilier avec ce monde, réconciliation qui sera soldée par un triste échec.

Suite de la semaine un de l’aventure

Intelligentes et désirantes

L’appel de la semaine de relâche se fait entendre! Pour l’occasion, les astres se sont alignés pour qu’on puisse sortir d’une belle façon de notre bulle de profs. Ce vendredi, nous aurons le grand bonheur d’être en discussion autour de notre roman, Albertine ou la férocité des orchidées (Québec Amérique), avec notre collègue de La Mèche MP Boisvert pour son roman Au 5e. Au menu : désir féminin, écriture de la sexualité et diversité des modèles de relation. Au plaisir de vous voir à l’Euguélionne et de dialoguer avec vous.

Filles en liberté de Catherine Léger

Lors de la découverte du théâtre de Catherine Léger, nous avons ressenti une complicité immédiate, tant dans l’esprit que dans la forme. Cette proximité, nous l’avons retrouvée d’Opium 37 à Baby-sitter, en passant par Princesses, Voiture américaine et J’ai perdu mon mari, dont la lecture nous a fait rire aux larmes. Filles en liberté nous a toutefois encore plus renversées, tant Léger y pousse l’audace encore plus loin que ce que nous aurions pu imaginer. Le choc que nous avons ressenti pendant notre lecture (et non la représentation, hélas, puisque nous avons pensé trop tard à nous procurer des billets!) était tel qu’il nous fallait écrire pour explorer celui-ci. Dans tous les arts, en particulier au cinéma et au théâtre, nous sommes folles des oeuvres survoltées, qui tournent le dos à la juste mesure, voire au bon goût. Seule une esthétique exaltée permet d’aller au bout de certaines observations.

En créant Le bal des absentes, nous nous sommes donné un espace qui nous permettait toutes sortes de libertés, par exemple celle de mettre côte à côte des oeuvres anciennes et récentes, de mêler récit personnel et analyse d’une oeuvre. En revêtant nos habits de profs, nous tournions toutefois le dos à une autre partie de notre écriture. Notre penchant pour l’humour, le délire, nous y avons donné libre cours dans le roman que nous avons écrit ensemble Albertine ou La férocité des orchidées et nous sommes résolues à continuer d’agrandir notre terrain de jeu.

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