En route vers la capitale nationale!

À L’Euguélionne la semaine dernière, nous avons lancé dans la plus grande joie l’essai Le bal des absentes, publié à La Mèche. Pas de repos pour les guerrières! Nous serons cette fin de semaine au Salon du livre du Québec. Sous les néons, dans la cohue, au coeur d’un univers aux antipodes d’une vie consacrée à l’écriture, venez-nous voir! Nous serons très contentes de vous rencontrer. Samedi de 16 h à 17 h et dimanche 12 h à 13 h au stand 322.

Lancement de l’essai Le bal des absentes

Nous nous sommes faites discrètes sur le blogue ces derniers temps. Nous n’étions pourtant pas très loin! C’est avec beaucoup de bonheur que nous nous sommes consacrées à la préparation de notre essai. Il est maintenant terminé et sortira en librairie le 21 mars. Le bal des absentes, édité par La Mèche, comprend des textes retravaillés du blogue et quelques inédits. Nous espérons que les habitué·e·s redécouvriront avec plaisir nos textes qui prennent un nouveau sens à l’intérieur du livre.

Tenez-vous-le pour dit : l’aventure livresque ne nous détournera pas du blogue! Nous écrivons sur Internet depuis le début des années 2000 et continuerons à le faire. Maintenant que l’essai est sous presse, nous recommencerons à publier régulièrement dans cet espace. Restez à l’affût!

Publier un livre, c’est aussi une manière de provoquer des rencontres. Nous vous convions à assister à notre lancement le jeudi 30 mars à la librairie l’Euguélionne à Montréal. Nous serons également au Salon du livre de Québec la semaine suivante. Au plaisir de vous y voir en grand nombre!

Les Innocentes d’Anne Fontaine

Captives du bungalow familial, deux enfants sages étaient fascinées, déjà, par les religieuses. Comment aurait-il pu en être autrement? Filles de prolétaires croyants, elles étaient plongées dans l’imaginaire catholique que leurs parents leur transmettaient à dessein et malgré eux. Celui-ci était intégré à leur quotidien par le biais d’une panoplie d’objets : des bijoux ornés de croix, des rameaux tressés cloués au-dessus des portes, une boîte à chaussures remplie d’images de saints, l’incontournable crucifix sur le mur, une montagne d’éditions de la Bible et des récits de vie de saints. Si inoffensifs puissent-ils paraître, ils allaient de pair avec un enseignement qui tuait dans l’oeuf toute audace et volonté de dépassement. Elles apprenaient ainsi à travailler fort sans s’en vanter, à se résigner à ce qu’elles avaient sans demander plus, à aimer les choses simples, à mettre des vêtements pratiques mais pas forcément coquets, à craindre la sexualité, à porter leur croix sans se plaindre et à pardonner aux bourreaux. Ce qui nous frappe aujourd’hui et que nous pressentions alors, c’est que, tout en menant jusqu’à l’extrême ces valeurs,  la religieuse les transcendait. Quelque chose en elle leur échappait.

Sans pouvoir l’expliquer, nous sentions qu’un mystérieux lien nous unissait à elle. Nous étions séduites par le fait que ces femmes ne menaient pas une vie comme les autres. Leur existence, soustraite à l’ordre ordinaire du monde, était entièrement consacrée à quelque chose de grand, d’inatteignable. Nous ne le savions pas encore, nous poursuivrions plus tard une quête similaire : à Dieu nous avons substitué la littérature. Contrairement aux enfants de petit-bourgeois qui sont nés dans un monde de livres et entourés de professionnels de la culture, il n’y avait pourtant rien de comparable dans notre entourage. La religieuse avait dans notre imaginaire la place que la femme de lettres aurait pu occuper si nous avions connu plus tôt un monde comme celui-là.

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Le bal des absentes à l’Université d’été féministe de l’UdeM

Nous serons à l’Université d’été féministe de l’Université de Montréal le mercredi 13 juillet à 14 h 15 pour présenter une conférence-causerie. L’événement est gratuit et ouvert à toutes et à tous. Au plaisir de vous rencontrer!

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Présentation de la conférence-causerie :

Le bal des absentes: l’enseignement de la littérature au collégial

Dans les corpus enseignés au cégep, les écrivaines brillent sinon par leur absence, du moins par leur rareté. Nous ne nous lancerons toutefois pas dans une démonstration de ce fait: ce serait trop aisé. Nous aimerions plutôt nous interroger sur les raisons qui nous exhortent à faire lire les oeuvres des femmes. Qu’est-ce que produit, notamment chez les jeunes femmes (si souvent oubliées elles aussi), la lecture d’auteures? L’enseignement des écrivaines nous apparaît comme un important engagement féministe que nous aimerions rendre contagieux. L’occasion sera aussi propice pour réfléchir aux difficultés rencontrées lors de l’étude de textes de femmes avec des étudiant.e.s qui baignent depuis leur tendre enfance dans la culture patriarcale. Les participantes seront invitées à échanger avec les présentatrices à propos de leur rencontre avec des voix littéraires féminines.

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Ne trouve que ces cris des Bêtes d’hier

Le bal des absentes est sorti pour la première fois de son blogue pour participer au projet de micro-revue de Les Bêtes d’hier – quand la beauté s’en va, la bête reste. dans le cadre du Festival Dans ta tête. Nous sommes toutes deux très honorées de faire partie de ce magnifique projet. Nous avons découvert avec bonheur les textes, dessins et photographies de la revue qui ouvre une discussion sensible et sincère autour de la question de la prise de parole des femmes.

La micro-revue est disponible ici.

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La Femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Un des aspects merveilleux mais aussi terrifiants de l’enseignement est l’impact que les mots qu’on dit ou qu’on fait lire peut provoquer sur la vie de jeunes gens en formation. Peu de phrases auront été aussi déterminantes que ces phrases d’Antonin Artaud pour les jeunes intellectuelles et écrivaines que nous étions déjà à dix-huit, dix-neuf ans :

J’ai besoin, à côté de moi, d’une femme simple et équilibrée, et dont l’âme inquiète et trouble ne fournirait pas sans cesse un aliment à mon désespoir. […] Il me faut un intérieur, et il me le faut tout de suite, et une femme qui s’occupe sans cesse de moi qui suis incapable de m’occuper de rien, qui s’occupe de moi pour les plus petites choses. Une artiste comme toi a sa vie, et ne peut pas faire cela. Tout ce que je te dis est d’un égoïsme féroce, mais c’est ainsi. Il ne m’est même pas nécessaire que cette femme soit très jolie, je ne veux pas non plus qu’elle soit d’une intelligence excessive, ni surtout qu’elle réfléchisse trop. (p. 111-112)

Très tôt, nous avons compris au sein de la cellule familiale et sur les bancs d’école que le rôle des petites filles intelligentes est de s’effacer. Par la suite, nous n’avons pas pu rêver longtemps d’une émancipation auprès d’un semblable. Antonin Artaud nous annonçait que les artistes, que ceux de qui nous nous sentions les plus près, seraient aussi prompts à nous rejeter. Malgré notre âge, nous avions tout compris. Des phrases comme celles-là commandaient notre mort.

La « Deuxième lettre de ménage » d’Artaud date de 1925. Que nous ayons été capables de sentir encore la violence de ces mots tant d’années plus tard nous a permis d’imaginer un peu ce que pouvait être la vie d’une femme artiste comme Suzanne Meloche au milieu du vingtième siècle au Québec. C’est ce caractère intenable de la situation de la femme artiste à cette époque que raconte Anaïs Barbeau-Lavalette dans La Femme qui fuit (2015). La cinéaste et romancière y retrace l’histoire de sa grand-mère maternelle qui a laissé derrière elle ses enfants, alors âgés de un et trois ans. Précisons d’ailleurs que le père, le peintre Marcel Barbeau, a aussi abandonné ses enfants, comme le montrait sa fille, Manon Barbeau, dans son documentaire Les Enfants de Refus Global (1998), mais ce n’est pas ce n’est pas cet autre abandon qui est au centre du livre.

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